jeudi 17 mai 2012

Sans Sarkozy, l'UMP ne sait plus riposter.

Les clans se forment et se consolident à l'UMP. Les ambitions s'expriment, mais en coulisses. Les rancoeurs aussi. Et la riposte devient maladroite ou ridicule.

La présidence Hollande démarre trop sobrement pour que les sbires de l'ancien Monarque parviennent à lui trouver quelques critiques consistantes. Alors on brode ou on s'attarde sur les détails. La composition du premier gouvernement Ayrault en fut un bel exemple.

Cinq années de Sarkozysme omniscient ont-elles ruiné l'analyse critique à droite ? Les anciens perroquets de Sarkofrance cherchent leur nouveau mentor.

L'ancien candidat du peuple, lui, venait de filer se reposer à Marrakech. 

NKM 2017
La démarche était curieuse. Nathalie Kosciusko-Morizet aurait signifié ses ambitions à la candidature à l'élection présidentielle de... 2017. L'ancienne porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy aurait rompu la prétendue trêve. Selon le Figaro, elle aurait prévenu Jean-François Copé, il y a quelques jours, imaginons lundi: « Écoute, Jean-François, pour la direction du parti, je ne sais pas si je me présenterai. Mais quoi qu'il en soit, sache-le: je serai candidate à la présidence de la République en 2017. » Quelques heures plus tard, la voici contrainte de démentir: « Je suis concentrée sur les élections législatives ». Au passage, on s'amuse de constater que le nom de domaine Internet a quand même été réservé. Au cas où.

Dati 2017
Autre (fausse) surprise, Rachida Dati avait finalement renoncé à se présenter contre François Fillon. Sa justification n'en fut pas moins détestable pour l'ancien premier ministre: « J'aurais pu me présenter et faire battre François Fillon.(...) Je ne serai pas de ceux qui parlent d'unité mais ne se l'appliquent pas à eux-mêmes. En responsabilité, je ne souhaite pas ajouter de la division à l'échec en me présentant dans la circonscription où je suis pourtant légitime ».

Ambiance, ambiance.

Fillon2017
François Fillon a son plan de route. Député en juin, maire de Paris en 2014, président de la République en 2017. Il compte ses soutiens. La présidence de l'UMP est vacante. Roselyne Bachelot-Narquin a affiché son soutien: « Je souhaite que François Fillon soit candidat à la présidence de l'UMP ».

Jean2007
Sarkozy a douché les ambitions du prince Jean. Son fils ainé voulait se présenter aux prochaines élections législatives. Mais l'ancien Monarque n'était pas d'accord, une anecdote rapportée par le Parisien: « Les Sarkozy doivent se faire oublier, et ils se feront oublier. »

Calomnies 2012
Depuis lundi, les outrances antiHollande sont inversement proportionnelles à la sobriété du nouveau président. Il n'est pas en poste qu'il a déjà tout faux. Samuel Laurent, pour le Monde, a répertorié quelques-unes de ces joyeusetés, des posters figurant Martine Aubry en Tchador au procès en patriotisme.

Mercredi, Jean-Marc Ayrault a pris ses fonctions de premier ministre. La transition fut cordiale. Sur les ondes, il y avait encore quelques UMPistes pour afficher leur mauvaise foi contre cette nomination et rappeler l'ancienne condamnation du maire de Nantes, pour une « affaire d'administration municipale vieille de 15 ans » (comme la qualifié François Bayrou), condamnation qui fut pourtant ultérieurement annulée.

Nous pouvions rappeler, encore et malheureusement, le premier gouvernement Fillon, avec André Santini et Alain Juppé. Ou cette fameuse liste qui circulait depuis quelques temps déjà d'une bonne vingtaine de fraudes diverses impliquant des élus UMPistes. Fallait aussi rappeler les récents développements de l'affaire Karachi, avec une nouvelle mise en examen de l'ancien chef de cabinet adjoint du ministre Sarkozy ?

A l'étranger, la presse a plutôt insisté sur l'investiture sobre et le président « étanche ». « L'heure est à la modestie pour les puissants » a commenté le conservateur Times, à Londres. En Allemagne, on loua ce président « modeste et réfléchi ». Rappelez vous ce qu'écrivait l'envoyé spécial du Monde, en juin 2008, à propos des relations Sarkozy/Merkel: « Malgré les efforts répétés des deux côtés, le courant ne passe pas ».

Hollande 2012
Jean-Marc Ayrault a formé son gouvernement en fin de journée, mercredi. L'attente était si insoutenable que les chaînes d'information ont dû broder. Et la risposte UMPiste tenter de fustiger les tractations et l'attente. Martine Aubry avait refusé de participer au gouvernement. Preuve de tensions et négociations. Cela n'empêchait quelques fidèles de l'ancien Monarque de répéter les éléments de langage établis depuis lundi: un « clan PS » est au pouvoir tout en se moquant de la « guerre des chefs ». Quelle critique !

Les mêmes promettaient l'entrée de ministres Front de Gauche ou un Hollande otage de Mélenchon pendant l'entre-deux tours. Aujourd'hui ils font semblant de regretter l'absence d'ouverture.

Sur Twitter, ils se lâchèrent en quelques mots: Eric Ciotti tapait à côté en accusant François Hollande d'être redevenu « le premier secrétaire du ps celui du compromis et des compromissions » . Avait-il oublié Sarkozy qui se félicitait d'avoir élargi son équipe gouvernementale à toutes les composantes de l'UMP (sic!) et pas seulement les sarkozystes ?

Tout cela était incohérent. Ce gouvernement, somme toute classique et simple dans le périmètre de ses ministères, à la parité exemplaire (tant en nombre qu'en importance des ministères), laissent peu d'accroches à la critique objective. Pensez donc ! Il n'y a même pas d'éléphants en surnombre ! Dans le clan sarkozyste, on s'agace que découvrir tant de nouvelles têtes. La part belle fut aussi laissée à la jeunesse et à la diversité. Jean-Paul Garraud, député UMP de la Gironde, cria tout haut ce que quelques sbires sarkozystes pensaient tout bas, estimant que « que "la composition" du gouvernement risquait d'"entraîner la montée du Front national" et lui donnait "mal à la France" ». C'en était ignoble et triste: « ».

Observatoire 2012
Il ne faudra pas compter sur cette droite pour observer et analyser sereinement la mandature Hollande. En tout cas pas tant qu'elle est encore dans cet état. C'est de toute façon inutile. Les critiques, à gauche ou au centre, seront lucides. A la différence de Nicolas Sarkozy en son temps, François Hollande sait qu'il ne peut pas compter sur un « omni-parti unique ».

Déjà, des initiatives se sont créées ici ou pour tenir les comptes de cette nouvelle présidence.

Ami sarkozyste, rendors-toi.

Nicolas Sarkozy, ton ancien mentor, est à Marrakech pour 15 jours de vacances privées.


mercredi 16 mai 2012

Hollande président, et déjà au charbon

Quand Nicolas Sarkozy fut enfin intronisé en mai 2007, il a longuement profité de son moment. Pour le plaisir. François Hollande, lui, dut s'éclipser pour l'Allemagne. Un coup de foudre sur le Falcon présidentiel vers 18h l'obligea à rebrousser chemin pour repartir ensuite. Mais la journée, sa première journée de président, tranchait déjà avec le quinquennat précédent.

« On voit bien la différence avec le président sortant » . L'expression a fait florès, mardi 15 mai dans la bouche des commentateurs de l'investiture. Elle était terrible pour Nicolas Sarkozy, qui certainement, n'écoutait pas.

Vers 9h45, les invités étaient là, quelque 300 personnes représentant les institutions et corps intermédiaires du pays, ceux-là même que le candidat sortant voulait évacuer à coup de référendums. Les proches et soutiens de la campagne étaient rares.

C'était sobre. Hollande n'exhibait rien. A peine était-il souriant, trop ému. En mai 2007, nous nous souvenions de la « montée des marches » de la famille Sarkozy. L'ancien Monarque faisait l'acteur, Hollande assumait la fonction.

La passation de pouvoir fut courte. Très courte. Il paraît, nous a-t-on répété, que Sarkozy voulait que Hollande recase Xavier Musca, son secrétaire général de l’Élysée. Un temps, l'ancien Monarque avait pensé lui confier les rênes de la Caisse des Dépôts. Mais ça s'était vu, et au pire moment, en pleine campagne.

A 10 heures, Nicolas et Carla Sarkozy repartaient en voiture, définitivement, de l'Elysée. A la sortie, rue du Faubourg Saint-Honoré, des militants et supporteurs agitaient leurs drapeaux. Quelques minutes avant, certains huaient les invités qui arrivaient à l'Elysée.  Le couple a prévu de partir 15 jours en vacances en Italie. En tant qu'ancien chef d'Etat, ses voyages sur Air-France sont gratuits. Dès l'après-midi, Nicolas Sarkozy était vu en train de faire un footing au Bois de Boulogne.

Vers 10h10, il suffit d'une phrase, prononcé par Bernard Debré, président du conseil constitutionnel, et ce fut fait. François Hollande était le 7ème président de la Vème République. 

 
« A l'issue d'une consultation électorale qui s'est déroulée dans de bonnes conditions, vous devenez aujourd'hui le septième président de la Vème République. (...) Vous incarnez la France, vous représentez la République et vous représentez l'ensemble des Français. Monsieur le président de la République, toutes nos félicitations »

En 2007, Nicolas Sarkozy s'agrippait à des symboles ici ou là pour rassurer d'une Rupture qu'il promettait si grande. Le jour de son investiture, il était allé discourir en hommage au Bois de Boulogne en hommage à 35 jeunes résistants fusillés en août 1944 à la veille de l'insurrection parisienne contre l'occupation nazie. Sarkozy, déjà, jouait au successeur de de Gaulle. Il jeta aussi à la pâture médiatique une lettre de Guy Mocquet à lire dans les écoles avant les cours de la rentrée des classes. C'était si important pour lui, qu'il abandonna la chose dès la rentrée d'après. François Hollande préféra jouer d'autres symboles, des recueillements et des hommages, Marie Curie, Jules Ferry. Puis à la Mairie de Paris.

Le discours même de François Hollande signifiait une rupture avec le Monarque d'avant. Il ne nous promettait ni la Grande Casse ni la fausse Rupture. Il n'abusait pas de logorrhées humanistes. Il fut sobre. Hollande s'engageait sur la confiance. Il voulait rassurer et non cliver. Nous n'avions plus l'habitude de cette absence de gesticulation verbeuses, de tics nerveux rythmant les saillies verbales. Hollande était droit, ému, sobre.

Chapitre après chapitre, son intervention était un réquisitoire contre la mandature Sarkozy. La confiance retrouvée, c'est « l'unité de la Nation », un gouvernement qui « gouverne », une justice qui «  disposera de toutes les garanties de son indépendance », « une scrupuleuse sobriété dans les comportements » de l'Etat . « La confiance, c'est l'exemplarité. (...) Président de la République, j'assumerai pleinement les responsabilités exceptionnelles de cette haute mission. Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout.»

A l'UMP, les commentaires furent rares. Tôt le matin, Brice Hortefeux était presque apaisé. Il ne parlait que de son affection pour Nicolas Sarkozy. Plus tard, Jean-François Copé fut sans surprise. Il dénonça une « passation de pouvoir décevante, à l'image des grands discours socialistes ». Quels étaient les griefs ? Copé les détaillait: Hollande aurait été inélégant et sectaire « au moment où il refuse de raccompagner Nicolas Sarkozy jusqu'à sa voiture, comme la tradition le veut » « L'inélégance et le sectarisme, c'est donc cela, la "normalité" de François Hollande ? ». Pire, il aurait déjeuné avec des anciens premiers ministres socialistes (vrai, mais il n'y avait pas qu'eux et voulait-il qu'on invite aussi Fillon et Balladur ?). Pire encore, Hollande se serait exclusivement adressé « au peuple de gauche ». Avions-nous écouté les mêmes discours ? François Hollande s'était-il précipité sur les tombes de Léon Blum ou de Rosa Luxembourg ? Même pas.

Copé n'avait que mesquineries et rancoeurs.

Autre symbole, dès le soir, Hollande partait vers l'Allemagne. Son premier vol prit littéralement la foudre et du rebrousser chemin. Il y retourna aussitôt. A Berlin, nul mépris, nulle « méprisance » d'Angela Merkel à l'encontre de celui à Sarkozy reprochait de n'être pas Président avant l'heure. Le mandat fait le président et Hollande fut évidemment reçu avec les honneurs qu'i fallait. Rien n'est joué, tout est à négocier, mais le contact était là. Plus tard dans la soirée, les deux firent une conférence de presse commune. L'ambiance semblait suffisamment chaleureuse pour des discussions normales. Sur le fond, quelques points d'accord (la Grèce dans la zone euro, davantage de croissance), mais la renégociation du fameux traité ne fait que commencer. A Paris, François Fillon avait été remplacé par Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et président du groupe socialiste à l'Assemblée.

Nous attendions, faussement, le prétendu effondrement du pays promis dans les deux jours suivant l'entrée en fonction de François Hollande.

Il restait encore 24 heures pour que la prophétie outrancière de Nicolas Sarkozy se réalise.

mardi 15 mai 2012

François Hollande prend l'Elysée et ... l'addition Sarkozy

C'est enfin le jour. Nicolas Sarkozy remet les clés de la boutique élyséenne ce mardi à François Hollande. Mais de quel bilan hérite-t-il ? L'inventaire a déjà commencé, mais il n'est ni achevé, ni statique. D'autres coups durs sont à craindre, d'autres cadavres dans les placards sont à découvrir.

François Hollande prend l'Elysée mais il devra payer l'addition Sarkozy.

Voici les quelques chiffres qu'il nous faudra donc assumer:

70 milliards d'euros de déficit commerciale en 2011
(contre 28 milliards d'euros en 2006, un record déjà à l'époque).

2,9 millions de demandeurs d'emplois, sans compter les 1,5 millions en activité partielle à fin décembre 2011 (contre 1,95 millions en février 2008).

5,2% de déficit budgétaire en 2011
(contre 2,2% en 2007)

43,9% du PIB en prélèvements obligatoires en 2011
(contre 43,4% en 2007)


1.717 milliards d'euros de dette publique fin 2011, soit 89% du PIB
(contre 1.152 milliards fin 2006, soit +565 milliards en 5 lois de finances...)

Il y en a d'autres. Ils ne sont pas meilleurs.


L'UMP quitte l'Elysée. 
Lundi 14 mai, François Hollande a dit au-revoir à son parti: « Je ne participerai plus à aucune instance partisane ». Ou encore: « Permettez-moi avant cette longue éclipse - cinq ans, c'est court! - que je goûte le moment qui m'est accordé (…). Je suis encore pour quelques heures avec vous ». Il faut encore remporter les élections législatives. « Aussitôt une étape franchie, une autre arrive, c'est ça la vie. Chacun pense qu'il a atteint son objectif et déjà un autre arrive ».

Il y a 5 ans, Nicolas Sarkozy entamait sa campagne législative comme s'il était encore président de l'UMP. Président de l'UMP, il le resta 5 années durant. C'était triste, clivant, anti-républicain.

Il y a 5 ans, le 16 mai 2007, Alain Juppé filait à la brigade financière juste avant de devenir ministre. Voici ce que nous écrivions, il y a 5 ans, jour pour jour. Ou presque. Pour mémoire.
Alain Juppé devait (ou devrait) rejoindre le gouvernement de François Fillon, pour en être our être numéro deux du futur gouvernement, seul ministre d'Etat à la tête d'un probable portefeuille regroupant l'environnement, l'énergie et les transports.

Mais il a été entendu hier pendant 4 heures par des policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif) de Nanterre, en qualité d'ancien adjoint aux Finances de Jacques Chirac à l'hôtel de ville, et d'ancien secrétaire général du RPR, sur commission rogatoire de la juge d'instruction de Paris, Xavière Simeoni.

Cette audition se déroulait dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte en août 1995, devenue une information judiciaire en décembre 1998, sur les emplois fictifs de la Mairie de Paris dans les années 1980 et 1990.
La police avait chiffré le préjudice de ces emplois fictifs, des employés du RPR rémunérés par la Municipalité parisienne, à 4,5 millions d’euros. Plusieurs hauts-fonctionnaires de la mairie de Paris ont déjà été mis en examen pour "détournement de fonds publics"(Michel Roussin, Daniel Naftalski, Robert Pandraud, Rémy Chardon et Bernard Bled). En 2003, la cour d’appel de Paris avait annulé plusieurs mises en examen, contre l'avis de la juge d’instruction de l’époque, Colette Bismuth-Sauron. En avril 2007, la cour de cassation avait rétabli ses mises en examen.
Alain Juppé, déjà condamné en 2004 à un an de prison avec sursis et quatorze mois d’inéligibilité dans une affaire d’emplois fictifs, est à nouveau mis en cause pour ses fonctions de secrétaire général du RPR.