Retraites: pourquoi une gauche prépare les armes

Faut-il augmenter de 20 milliards d'euros, par an, les cotisations vieillesse pour résorber le trou de nos régimes de retraites ?

Osons la question, c'est la seule qui vaille. Contre Sarkozy, l'objectif de rééquilibrer les comptes n'était pas critiquable et fut rarement critiqué. Contre Sarkozy, les modalités de "redressement" furent assez rapidement en cause. L'ancien monarque a bâti une réforme injuste car elle faisait porter l'éventuel redressement, qui n'a finalement pas eu lieu, sur les plus fragiles. C'est aussi simple que cela. Le reste n'est qu'agitation d'arguments.

Le Front de Gauche a décidé de se servir de ce projet de réforme des retraites comme d'un nouveau combat. Il "fourbit ses armes". Les propos sont guerriers. "On n'a pas élu cet homme là en particulier pour remettre en cause l'âge de départ à la retraite, le niveau des pensions et voir privatiser les entreprises publiques", a dénoncé Jean-Luc Mélenchon.

Il est vrai qu'il y a besoin de mobiliser. Mais l'on craint, ailleurs à gauche et notamment dans ces colonnes, que le débat sur le financement de nos retraites ne soit emporté par des joutes d'étiquettes et autres caricatures. Dans un blog hébergé par Mediapart, Hollande se fait traiter de "salopard". Quel progrès ! Répétons la question:
Faut-il augmenter de 20 milliards d'euros, par an, les cotisations vieillesse pour résorber le trou de nos régimes de retraites ?
20 milliards, c'est justement le montant prévu et voté pour le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi (CICE), à la suite du rapport Gallois de septembre dernier. Quel rapport sinon la coïncidence des montants ? Les revenus du capital ont été par ailleurs déjà plus largement assujettis aux cotisations sociales, dont pour le financement des retraites. Le gouvernement a également abrogé le coup de matraque de TVA initialement prévu dès octobre 2012 par Nicolas Sarkozy, 11 milliards d'euros d'augmentation générale pour théoriquement financer un allègement de cotisations sociales. Le CICE est différent, même s'il ne faut pas l'exempter de toute critique. C'est un crédit d'impôt calculé en fonction de la masse salariale des entreprises, et non une réduction de cotisations sociales. Si la masse salariale baisse, le CICE baisse.  

L'augmentation de TVA décidée pour 2014 par Hollande/Ayrault n'est un renchérissement uniforme du taux plein, mais de certains taux réduits dont celui de la restauration. Où sont passés celles et ceux qui réclamaient l'abrogation du taux réduit de la restauration du temps de Sarkofrance ? Et pourquoi refuser d'admettre que ces taux réduits de TVA sont aussi autant de niches fiscales que d'aucuns dénoncent ?

Sur les retraites, Hollande aurait déjà "trahi". C'est faux. La réforme des retraites faisait partie du programme du candidat. La concertation ne fait que débuter. Et, last but not least, il faut, on doit reconnaître la constance de François Hollande sur le sujet.

L'actuel président défend depuis une décennie au moins l'allongement de la durée de cotisations. En 2003, le PS qu'il dirigeait appelait à une "vaste négociation sur la durée de cotisation en fonction de l'effort contributif de chacun, de la situation familiale et de la pénibilité des métiers." En 2010, lors d'un débat télévisé contre Xavier Bertrand, alors ministre de la santé, il énonce clairement: "l'espérance de vie s'allonge, il faut allonger la durée de cotisation."

Pendant la campagne, il réitère. En juillet dernier, le gouvernement a aussi rétabli la possibilité d'un départ à 60 ans à taux plein pour les cotisations complètes des salariés ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans (contre 62 ans initialement calé par la réforme Sarkozy). Cette préférence pour l'allongement progressif de durées de cotisations est aussi assez largement partagé au sein de l'échiquier politique "interne" du Parti Socialiste, de Martine Aubry, à Michel Rocard ou encore Henri Emmanuelli. D'ailleurs, le Parti de Gauche dénonçait déjà pendant la campagne présidentielle ces positions qui ne sont pas nouvelles. EELV est plus ambigüe. Son secrétaire national Pascal Durand évoquait récemment d'étudier une "mise en retraite" partielle et progressive, plutôt qu'un "départ brutal à 60 ans."
 
Comme d'autres sujets, la réforme des retraites est un épouvantail. Evoquer qu'il faudra travailler plus longtemps suffit à hérisser à gauche.



315ème semaine politique: Hollande contre les violents



La France est donc en récession. Quel choc, mais pour qui ? Ces déplacements de dixièmes de pourcentage de PIB en plus ou moins signifient-ils grand chose pour la réduction du chômage et de la précarité ? Pas vraiment. Il faut davantage, et plus massif, pour que notre PIB influe significativement sur ces fléaux. Cette "nouvelle" nous rappelle juste combien la situation semble enlisée. Elle n'est pas que gauloise. Tout la zone euro, hors l'Allemagne, est en récession. Et nos voisins d'outre-Rhin avaient bu la tasse plus fortement que nous au trimestre précédent. Mercredi, Hollande propose de mobiliser immédiatement le budget européen voté pour l'insertion des jeunes; et réclame à nouveau des capacités budgétaires et d'emprunt européen. Les autorités allemandes restent "réservées".

Devant quelques centaines de journalistes, jeudi 16 mai, François Hollande dénonce encore les politiques "austéritaires" européennes qui ont créé cette récession. Il vise un gouvernement allemand qui repasse devant les électeurs en septembre. Les sondages ne sont pas si favorables que cela à l'actuelle chancelière.

Dans cette longue conférence de presse, Hollande célèbre à sa manière sa première bougie. Il complète et répète le récit de sa première année - réformes bancaire, du travail, du crédit d'impôt; rééquilibrage fiscal, mariage pour tous, etc); lève quelques malentendus ou sous-entendus: le droit de vote des étrangers sera ainsi bien proposé au parlement, mais après les élections municipales de mars prochain.

A sa droite qui voulait de l'austérité, à sa gauche qui réclame de la relance, ses contraires qui s'annulent parfois ou si souvent, il oppose une fin de non-recevoir.

Il trace. L'intervention est "offensive". Lundi, Ségolène Royal plaidait pour une accélération de l'action pour cet an II qui débute.

 Le lendemain, Jean-Luc Mélenchon réplique: il a la "confirmation de la conversion libérale de François Hollande". "Sur certains domaines, oui, il faut bien appeler les choses par leur nom." Et d'espérer une explosion sociale, avec son "parler cru et dru" habituel: "Je la souhaite oui, je ne la crains pas." Le Front de Gauche, paraît-il, fourbit ses armes contre la réforme des retraites. On préfèrerait des arguments, ils viendront: faut-il donc augmenter les cotisations de 20 milliards d'euros par an pour résorber le trou ?

Mélenchon a raison sur un point: "les gens ont peur", il y a de la "résignation". C'est un constat plus grave que le grand jeu de l'étiquetage - "plus à gauche", "pas à gauche", "pas de gauche" - qui finit par lasser faute de concrétisation.

Assez vite, l'inévitable sondage, 6 sondés sur 10 pas convaincus par la prestation. Finalement, c'est presque mieux que l'impopularité habituellement mesurée... On sourit.

Le délit d'offense au chef de l'Etat est abrogé. Si, si, c'est vrai, c'est fait. Nicolas Sarkozy adorait s'en servir, lui qui n'hésitait pas au si viril "casse-toi pov'con". L'amendement a été adopté, dans un projet de loi adaptant la législation pénale française à divers textes européens et étrangers. On applaudit, car il le faut. En mars, la commission des lois de l'Assemblée rappelait que "cette incrimination a cependant connu une résurgence durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy".

La place du Trocadéro, puis les Champs Elysées deviennent des lieux de batailles, fumigènes et casses, le temps d'une célébration footballistique qui dérape. Le Qatar voulait fêter devant la Tour Eiffel la victoire de son club PSG racheté à prix d'or. Des centaines d'Ultras et de casseurs pourrissent l'évènement. La droite oublie les casses similaires d'Amiens, de Montpellier, de Marseille. Elle réclame la tête de Valls ou du préfet. Pour le ministre de l'intérieur, c'est le premier véritable coup de chauffe sur un terrain où il se voulait irréprochable d'efficacité.

Cahuzac nous emmerde. Soyons parfois vulgaires. Pourquoi donc accorder encore un quelconque crédit à l'ancien ministre du Budget convaincu de fraude fiscal ? Ce dernier a cru bon livré au Figaro ses états d'âme et de pensée sur l'état de la France. Le tout pour mieux minimiser sa propre déliquescence. Non seulement espère-t-il finalement se présenter en candidat indépendant à la législative partielle ouverte par sa démission, mais en plus le voici qu'il donne des leçons d'honnêteté: "c'est moins grave de mentir pendant quinze secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an sur l'état de la France, comme le fait François Hollande... !" Et il a "choisi" de toucher ses indemnités de ministre... Mais que fait la police ?

Jérôme Cahuzac est notre prochain Eric Besson. Un gars traumatisé par l'opprobre violente de son propre camp qui du coup se rebiffe au point de franchir tous les Rubicons. Certaines choses mériteraient de se résoudre dans un cabinet d'analyse.

On glose beaucoup et trop sur un éventuel remaniement. Certains ministres sont certes cramés. Qui ne serait pas à moins ? D'autres résistent et combattent. Fleur Pellerin pilote la suite de ses assises de l'entrepreneuriat. Avec la bénédiction d'Aurélie Filippetti (Culture), Pierre Lescure a remis un rapport bien technique et volumineux sur l'avenir du financement de la filière culturelle. 80 propositions, une somme d'analyses et de constats, de quoi alimenter le débat, et quelques réformes.  

Le débat politique s'est installé dans la violence

Comment en sortir ? On pourrait en débattre. Vendredi, le Conseil Constitutionnel déclare intégralement conforme la loi sur le mariage pour tous. Et voici Frigide Barjot qui déboule chez BFM TV nous donner des leçons de constitutionnalité...

L'actuelle équipe au pouvoir n'a pas la violence verbale et politique de Sarkofrance. La gauche mélenchoniste assume de durcir le propos pour provoquer le choc des consciences. L'UMP cache son désastre et son vide par des outrances.

Ceci explique cela. 

Ou presque.





Crédit illustration: DoZone Parody

Les priorités de la Commission européenne: "libéraliser" davantage l'énergie

Parfois, on se dit qu'il se dit trop de caricatures sur l'Europe, que le libéralisme désuet et parfois économiquement criminel propagé par certains des Commissaires bruxellois était une vue de l'esprit souverainiste gaulois.

Puis, parfois, on lit ce qui se dit et se propage, vraiment. Et on tremble.

La novlangue Barroso
Ce 8 mai, José Manuel Barroso écrit donc à ses collègues chefs d'Etat en vue d'une réunion le 22 mai.  Il était fascinant de lire son argumentation. Et pour cause, malgré la novlangue utilisée à dessein, l'un des sujets de cette réunion est sensible, la libéralisation de l'énergie.

Le président de la Commission européenne, a cette étonnante de façon de justifier ce qui est pour certains, nombreux, l'injustifiable, à savoir davantage de libéralisation du marché de l'énergie.

L'argument tient en peu de choses, dans la grande tradition libérale, maintes fois récusée la réalité, que la "fragmentation" des marchés nationaux, les "blocages" souvent publics au plein exercice de la libre concurrence, empêcherait la baisse des prix et donc nuirait aux consommateurs.

La belle affaire ! Ce n'est pas une surprise, c'est encore mieux de le lire dans le texte.
"Les prix de l’énergie varient considérablement au sein de l’Union parce que notre marché est fragmenté. Du fait de la sous-exploitation des avantages de l’efficacité énergétique, les entreprises et les consommateurs paient plus que nécessaire pour leurs approvisionnements énergétiques. La solution au problème des prix élevés de l'énergie est en partie entre nos mains: achever notre marché intérieur de l’énergie et mettre en œuvre la législation existante.

(...) À cet égard, il est absolument essentiel de mettre en place un marché intérieur de l'énergie pleinement opérationnel, interconnecté et intégré. Ce marché, vital pour la compétitivité de l'Europe, ne doit pas être fragmenté."
Tout est dit.  On se le répète: "la solution au problème des prix élevés de l'énergie est en partie entre nos mains: achever notre marché intérieur de l’énergie."

Mais ce n'est pas tout. Barroso est évasif, mais on imagine: "nous devons continuer à renforcer la diversification interne et externe de nos approvisionnements." Argh... le fabuleux gaz de schiste est-il visé ? Certainement. Barroso encourage nos dirigeants à réfléchir à "une approche équilibrée à l’échelle de l’Union sur l’exploitation du potentiel des hydrocarbures non conventionnels." Les lobbies sont à l'oeuvre, plutôt que de penser à repenser le modèle et ses économies d'énergie. D'ailleurs, dans cette merveilleuse communication, le terme "économies" d'énergie n'est pas mentionné.

Quelle surprise...